Concurrence internationale, où en est la France ?

Vin du monde

La France est sur le podium des produits exportateurs de produits agricoles. C'est bien connu.

Pourtant, face à la mondialisation, elle doit défendre chèrement ses positions sur le vin et conquérir sa part des nouveaux marchés qui s'ouvrent à la production mondiale. Nos armes ne sont pas que les grands crus. L'avenir est devant nous !

Un bémol, les vins et spiritueux

Il faut bien voir que la place des vins français dans le monde est liée aussi à l'importance locale des spiritueux. Nombre de pays a une culture des alcools forts importante et séculaire, et la marge de progression des vins - pas seulement français - est liée à cette consommation.


Concurrence mondiale et exportations françaises

Nous avons à lutter chez nous, en Europe et dans les pays-tiers contre les vins australiens, argentins, californiens, chiliens, sud-africains, voire néo-zélandais. Leurs exportations partout dans le monde ont augmenté de 125% en 5 ans. Qui dit mieux ?

Le vignoble de la Napa Valley en Californie est un concurrent parmi d'autres…

Résultat : l'an dernier les exportations françaises ont baissé de plus de 7% en volume, plus de 5% en valeur. Les Champagnes pèsent cependant fort dans ces chiffres où l'année 2000 avait l'importance que l'on sait. Les Vins de Pays ont particulièrement souffert, et l'on connaît la grogne actuelle des viticulteurs du sud. La baisse est cependant beaucoup plus faible en valeur (-1,5%) qu'en volume (-8,5%), ce qui est un moindre mal. Par ailleurs nos exportations d'AOC ont plutôt augmenté, avec de fortes disparités, par exemple le Languedoc-Roussillon baissant en volume et augmentant en valeur, la palme revenant de loin aux Côtes du Rhône, +15% en valeur !

Consommation intérieure

Notre consommation intérieure a toujours tendance à baisser. 7% en 2000, une baisse à 2 chiffres en 2 ans. La consommation mondiale augmente dans des proportions voisines, ce qui devrait conforter nos producteurs. Mais notre vignoble lui reste stable, alors que ceux d'Australie et du Chili surtout ne font qu'enfler, à coup de subventions et d'auto-financement provenant des exportations de plus en plus profitables. Au bas mot, 50% en 5 ans (plantations et production), pour une moyenne mondiale de 8% depuis 1994... La qualité n'est pas en reste, le tout lié à la sauce d'une communication massive et ciblée, visant particulièrement les jeunes.

Des marchés extérieurs à conquérir

Face à ces rouleaux compresseurs, les vins français doivent garder leur identité, la France doit faire connaître ses appellations et même ses propriétés, contribuer à former les nouveaux consommateurs. D'autant que c'est dans les pays non producteurs, donc non connaisseurs de manière ancestrale, que la consommation augmente le plus vite. Comme au Japon, où les cycles de formation à la dégustation font un tabac... notamment auprès des femmes, qui ne sont pas aussi pro-spiritueux que leurs maris.

Les disparités régionales sont énormes : au Japon en moyenne, la consommation par habitant est de 2,8 litres de vin par an. A Tokyo 15 litres ! Les femmes et les jeunes, en tendance mondiale, consomment de plus en plus de vin, notamment du rouge.

Conquérir les consommateurs

De par le monde, le nombre d'amateurs et de consommateurs de vin augmente rapidement : en 5 ans toujours, les européens du nord a vu leur progression grimper de plus de 20%. Pas mal, et à nos portes. Les européens de l'ouest, déjà largement consommateurs, moins de 8%, les américains de près de 20%, la palme revenant bien sûr aux asiatiques : 67%, pour des volumes encore faibles. De plus, la cible s'élargit, les jeunes reléguant les sodas au rang des enfantillages pour leur préférer de plus en plus le vin rouge. L'envie de bien-être, liées aux effets bénéfiques du French paradox, profitant à tous les rouges mondiaux.

Production et consommation

Au niveau mondial, la production augmente plus vite que la consommation mais ces mises en production ne laissent pas se dessiner une surproduction mondiale car la marge d'absorption des différents marchés est encore large. D'après l'étude du cabinet Vertumne rendue publique au cours du dernier Vinexpo 2001, la surface plantée évolue par contre moins vite que la production.

En volume, selon cette étude, les pays producteurs consomment largement, mais donc sans hausse spectaculaire : l'Italie est leader de la consommation avec près de 60 l par tête. La France est reléguée à … 1 litre derrière. Les deux en baisse. L'Australie est à 18 litres, la Nouvelle-Zélande 20, en hausse de moins de 10% en 5 ans avec une hausse de 33% des plantations...

Dernier espoir mondial : la Chine, avec 1/3 de litre par habitant, a progressé de 28%…

Vins étrangers : Ne pas comparer l'incomparable

"Autres pays, autres moeurs" dit-on. On pourrait rajouter "autres vins". L'amateur est souvent tenté de faire la comparaison entre des vins issus de pays, voire de continents différents. C'est oublier un peu vite que tout les pays n'ont pas les mêmes goûts, les mêmes attentes et n'évoluent pas de manières identiques. Les cas des vins sud-américains, ou encore espagnols, en sont de bons exemples.

Gérard Baud, propriétaire du restaurant bordelais Baud et Millet, s'intéresse depuis longtemps aux vins de ces pays où il a vécu. Pour lui, il ne faut pas comparer ce qui n'est pas comparable, il s'agirait plutôt de deux catégories complémentaires. Lorsqu'on parle des vins du Chili, de l'Uruguay, de l'Argentine, on évoque selon lui des vins dits "de soif", il n'y a pas la dimension épicurienne que l'on peut trouver dans des vins européens. "Pour schématiser explique-t-il, il s'agit de vignobles qui privilégient le fruit, par rapport à ceux qui privilégient le terroir. Ces trois pays ont décidé de faire désormais une vendange toutes les 23 semaines, soit peu ou prou deux par an. L'arrosage est également largement autorisé. Ajoutons à cela un volume de près de 300 hl/ha -et par vendange - et on comprend vite que ce n'est pas du tout le même état d'esprit..."

Facteurs non négligeables : le climat et la gastronomie. Il s'agit de pays chauds, possédant une cuisine épicée. Pour le restaurateur, les vins conviennent tout à fait : "Vous imaginez un Petrus servi avec des plats à base des piments ? Par contre, moi qui y ai vécu, je peux vous dire que les habitants font parfaitement la différence. Là-bas, lorsqu'on a des invités à qui l'on veut faire plaisir, c'est du vin français qu'il y a sur la table".

Le renouveau espagnol

Les vins espagnols ont pendant longtemps souffert -à juste titre- d'une réputation déplorable. Gérard Baud a à ce sujet une anecdote qui en dit long : dans certains pays africains, les vins espagnols en bouteilles de 5 litres étaient vendus uniquement pour... la bouteille ! Les habitants des villages éloignés des puits trouvaient en effet leur volume idéal pour ramener l'eau chez eux.

Cette époque est maintenant révolue, les espagnols ayant réalisé qu'il fallait produire moins, privilégier l'exception. Au fil des années, la place prise par le vin en vrac a diminué, au profit de produits de qualité, et ce au moment où les marchés américains et britanniques se développaient. Gérard Baud suit de près l'évolution des vins espagnols, comme le prouve la cave de son restaurant d'ailleurs. "Maintenant, la qualité est au rendez-vous, on a des vins de belle facture, qui ont bénéficié d'une belle élaboration. Les espagnols se sont vraiment donnés les moyens à tous les niveaux. Ils ont acquis la technicité grâce aux oenologues français qu'ils sont venus chercher. Ils ont eu une politique de communication très agressive, à travers des salons, des manifestations". Aujourd'hui, l'Espagne s'identifie vraiment à travers ses terroirs, ce qui n'était pas le cas au début des années 80. La volonté d'exister sur le plan européen a également incité le pays à créer des AOC, tout comme en France. Ce sont les DO, pour "Denominacion de Origen" ; il existe une catégorie supérieure, la "Denominacion de Origen Calificada" (DOC), dont seul le Rioja bénéficie pour l'instant. D'autres grands noms espagnols le rejoindront probablement dans les années à venir.